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mercredi 23 juillet 2008

Article. Bartolomeo Colleoni, condottiero par Marie-Madeleine de Ghellinck Vaernewyck

(revue familiale Virtus impavida)

Bartolomeo Colleoni, Condottiero...



Condottiero ? Que signifie ce mot en italien ?
J’en trouve une assez bonne explication dans le guide touristique que j’ai acheté à Florence en ….. 1938, à la page 45. Je transcris :

« Les innombrables petites guerres intestines d’ont l’Italie était la scène au Moyen-Age étaient surtout conduites par des troupes de cavaliers et de nobles. Mais après le déclin de la puissance impériale quand les nobles eurent été expatriés ou réduits à l’impuissance, la papauté et les républiques furent les plus fortes, et l’Italie fut divisée en différents états qui furent continuellement en guerre les uns avec les autres. Ni les prêtres, ni les marchands n’avaient envie de faire la guerre et de s’exposer aux coups sur les champs de bataille. Ils avaient pour combattre des troupes mercenaires qu’ils payaient. Les empereurs qui descendaient de temps en temps en Italie pour y revendiquer leurs droits ou y remplir leurs coffres-forts, étaient ordinairement accompagnés d’armées dont ils laissaient une partie derrière eux. Les soldats congédiés formaient des compagnies indépendantes appelées COMPAGNIA DE VENTURA, sous les ordres de chefs qu’elles choisissaient elles-mêmes. Ceux-ci prenaient le vieux titre de Condottiero et ils étaient toujours prêts à vendre au plus offrant les services de leur compagnie. »

J’ajouterai de mon cru que les condottieri n’étaient pas nécessairement italiens. J’ai moi-même vu dans le dôme de Florence le portrait par Paolo Ucello de l’un d’entre eux, un anglais qui s’appelait Sir John Hawkwood.
Les plus chanceux arrivèrent à constituer leur propre petite principauté comme Malatesta à Rimini, et comme le père de notre Bartolomeo dont ce fut la perte comme je le raconterai plus loin. Ceux qui réussirent le mieux et surtout le plus durablement furent Sforza, qui s’empara du duché de Milan et un Médicis, Giovanni Bande Nere, petit-neveu de Côme l’Ancien, qui vécut de 1498 à 1526 et dont le fils devint le premier Grand-duc de Toscane sous le nom de Côme 1er. Sa descendance conserva ce trône jusqu’à la mort en 1737 de Gian-Gastone, septième Grand-duc, mort sans enfant. La petite-fille de Côme Ier, Marie de Médicis (décédée en 1642), épousa le roi de France Henri IV et fut la grand-mère de Louis XIV.

Notre Bartolomeo n’eut pas ces ambitions. Peut-être tout simplement parce qu’il n’eut pas de fils mais seulement huit filles.
Bartolomeo Colleoni est devenu dans l’imaginaire italien un sorte de personnage de légende. Il est très difficile de distinguer dans les documents le vrai du faux ou même de l’exagération. Ainsi on lui a attribué le surnom « l’invincible », alors qu’il fut vaincu plus d’une fois ! Plus fort, il est devenu un des personnages des jeux de tarots italiens. Pourquoi ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et plus fort encore : il figure en bonne place dans la littérature pornographique italienne. Mais ceci est plus compréhensible, si on réfléchit à son nom et à ses armes parlantes qui figuraient sur son bouclier et sur sa bannière. Regardez la photographie de cette sculpture de son écu. Point n’est besoin d’explication.

La date de sa naissance est controversée. D’après la légende, il serait né en 1400 "année sainte", dans le but, semble-t-il, de lui attribuer le rôle d’un personnage providentiel. C’EST CERTAINEMENT FAUX. Sa tombe, dans la chapelle funéraire qu’il fit dédier à Bergame lors du décès d’une de ses filles et où il est également enterré, contient une plaque de cuivre qui le fait naître en 1395. Et une pièce dans les archives des Este le fait mourir en 1475 (ça, c’est juste) mais à l’âge de 84 ans, ce qui placerait sa naissance en 1391. Je ne puis l’admettre, vu la suite des évènements. De plus, il me semble que ses filles devaient être au courant mieux que personne. J’adopte donc 1395.

Avant tout, quelle était son origine ? Une famille de notables bergamasques qui, à la faveur d’un beau mariage, s’intégra dans la noblesse. Cette famille était certainement considérée comme noble à l’époque de Bartolomeo, mais pas depuis très longtemps, puisque les premières générations n’avaient ni nom de famille ni armes.

1°) Le premier qui laissa une trace s’appelait ALBERTO. Il était conseiller de Bergame de 1159 à 1173, et mourut donc après cette date.
2°) Son fils CARPIGLIONE, décédé après le 16 avril 1183, a peut-être été seigneur de Leimini.
3°) ALBERICO fut conseiller de la Justice de Bergame en 1230 et seigneur de Leimini.
4°) GHISALBERTO fut conseiller de la Justice de Bergame en 1254 et 1255.
5°) de PHILIPPO, décédé en 1310, dont je ne sais rien.
6°) GHISALBERTO CARPIGLIONE qui mourut après le 12 novembre 1318, fut conseiller de la défense en 1295, conservateur de la Paix en 1309, et chef des Guelfes de Bergame.
7°) GALEAZZO CARPIGLIONE, décédé après 1359, épousa Riccardonna Colleoni, dont ses descendants adoptèrent le nom et les armes.
8°) CAPPILLIATE GHISALBERTO, capitaine général de la Sainte Eglise Romaine, fut ambassadeur à Bologne en 1371. Serait-ce le premier Condottiere de la famille ?
9°) GUIDOTTO, décédé après 1406, fut seigneur de Solza et de Chignolo.
10°) PAOLO DETTO PUHO épousa Riccardonna del Valvassori detti Saiguigui qui survécut à son mari. Ce Paolo detto Puho est certainement condottiero. Il est seigneur de Solza et Chignolo et est en ses débuts au service des Visconti, ducs de Milan. En 1406, il se retourne contre eux et s’empare de la forteresse de Trezzo dont il fait son fief personnel. Pour en assurer l’administration, il engage deux de ses cousins Giovanni et Paolo. Il a aussi avec lui son fils Antonio, né en 1390. Père et fils sont assassinés en 1407 par les deux cousins, peut-être sur ordre de Visconti, mais ce n’est pas certain.
11°) Il y a un deuxième fils. C’est notre BARTOLOMEO.

Et c’est ici que commencent la légende et les points d’interrogation. Nous en arrivons maintenant au véritable objet de notre étude.

SA VIE

Revenons à sa naissance. Nous avons vu plus haut que les documents donnent trois dates différentes : 1391 , 1395 , 1400.
1391 me paraît impossible. La légende prétend qu’après l’assassinat de son mari et de son fils, la pauvre Riccardona aurait été jetée en prison, qu’elle y serait morte et que Bartolomeo aurait grandi dans la misère. Ce doit être faux. Il semble qu’il ait vécu avec sa mère dans leur château de Solza. Les Colleoni possédaient un patrimoine important ; Il est vraisemblable que, après la mort du père, leurs moyens financiers aient été plus limités, mais de là à parler de misère…
A l’âge de quinze ans, il entra comme page chez Filippo Arcelli à Plaisance. Autrement dit, il entra à son service pour y apprendre tout ce qui concerne les chevaux. S’il est né en 1391, cela fait 1406. Or à cette date, son père vivait encore. Il l’aurait emmené à Trezzo comme son frère aîné, et il aurait été tué avec eux. D’ailleurs le document qui parle d’Arcelli présente la chose comme s’étant passée après la mort du père.
S’il est né en 1400, c’est en 1415 qu’il entra chez Arcelli. Après ce premier apprentissage, il passa chez Braccio de Montana pour y apprendre le métier des armes. Il aurait combattu pour la première fois au siège d’Acerra. Mais on ne dit pas en quelle année.
Il passa ensuite au service de la Reine Jeanne de Naples. Il était alors déjà un petit condottiere, puisqu’il disposait de vingt hommes. Quelque temps après, il en avait trente cinq, puis cent, puis cent-vingt-cinq.
Après cet épisode napolitain, il entra au service du Pape qui l’avait chargé de reprendre Bologne. Ce qu’il fit.
Et en 1324, il devint très connu par la bataille de l’Aquila. Au service de qui, et contre qui ? Nul n’en dit rien. Mais ceci donne enfin une date. Peut-on croire qu’il aurait fait tout cela en neuf ans (1415-1424) ? La naissance en 1400 doit être légendaire. Reste 1395. Et puisque cette date est d’accord avec la plaque de cuivre du tombeau, je l’adopte.
Après Aquila, il était devenu célèbre et il entra pour la première fois au service de Venise avec sa Compagnie appelée « la Compagnie du Lion ».
Il y connut une grande déception : on lui refusa le commandement en chef des troupes vénitiennes et il dut servir sous les ordres de Gianfresco Gonzaga. Le trouvait-on trop jeune ? S’il est né en 1395, il n’avait pas trente ans ! Et seulement vingt-quatre si on retient 1400 !

Il n’était d’ailleurs pas à plaindre ! En 1433, ayant gagné suffisamment d’argent, (le document le dit cyniquement) il put épouser Tisbé Martinengo, fille du Comte Taddeo, seigneur de la Mottella.
En 1439, une guerre furieuse opposa Venise à Milan pour la possession du lac de Garde et des terres tridentines. Je comprends difficilement la stratégie des combats. D’une part les Milanais tenaient solidement la rive occidentale du lac et la protégeaient par une flotte qui stationnait de Mincio jusqu’au port de Riva. Par ailleurs, Colleoni se battait sur un front allant de Brescia vers le nord-est par la vallée de la Giudicarie. Il tenait aussi la rive orientale. Le lac était donc une pointe avancée des positions milanaises. Je suppose que les milanais y accédaient par le sud. Un certain Nicolo Sorbolo suggéra à Colleoni un moyen de les en déloger.
Colleoni fit venir trente bateaux, dont deux galions et six galères qui remontèrent le fleuve Adige aussi loin qu’ils purent. Pendant leur voyage, les soldats construisirent des glissières le long de la vallée du Cameros et dans la montagne jusqu’au col Saint Jean. Les bateaux y furent traînés par des bœufs qui les descendirent ensuite avec les plus grandes difficultés jusqu’à Torbola où ils furent mis à l’eau. La légende s’est emparée sans aucune retenue de cet épisode. Il faut dire qu’il était tentant !... Mais les documents se contredisent sur plusieurs points. L’un d’eux parle de deux mille bœufs, un autre de huit cent paires et un troisième de cent cinquante paires de bœufs ! Je ne prendrai pas la responsabilité de choisir un chiffre : ils sont vraisemblablement tous faux ! et je me contente d’écrire DES bœufs. Je ne transcris d’ailleurs aucun détail : tout est trop aléatoire.
Mais Colleoni était mal secondé. A cause de son indécision Pietro Zeno, chef vénitien de la flotte, essuya le 20 novembre 1439 une défaite désastreuse. Il fallut tout recommencer. Mais cette fois Colleoni commanda en personne. Il attaqua le 10 avril 1440 et prit Riva et Garde le 14. Le lac était définitivement conquis. La flotte vénitienne y resta à demeure et les Milanais n’y revinrent plus.
La paix fut signée à Corvar en 1442. Colleoni avait reçu en récompense de ses services les châteaux de Romana, Covo et Antegnate au sud de Bergame. Mais il devait avoir des ennemis à Venise, car par trois fois la Sérénissime les lui reprit ou essaya de les lui reprendre. Outré, il finit par en avoir assez…. il tourna casaque et entra au service du duc de Milan Filippo Maria Visconti. Mal lui en prit. En 1442, victime d’une calomnie à laquelle crut Visconti, il fut arrêté et écroué d’abord à Plaisance et puis à Monza. Il s’évada de sa prison au moyen de draps noués, franchit le fossé où un complice, un certain Giorgetto Poma, l’attendait avec deux chevaux et arriva à Landreano où il rejoignit sa femme et ses filles.
Au moment de cette évasion, Filippo-Maria Visconti venait de mourir et Milan était en ébullition. Les Milanais chassèrent la famille ducale et proclamèrent la République Ambrosienne. Ils prirent à leur service Francisco Sforza qui fut nommé Capitaine Général (avant de s’emparer du duché et de marier son fils à une Visconti !). Or, Sforza avait servi Venise et y avait connu et apprécié Colleoni. Il le rappela et le chargea de défendre le pays contre une attaque menée de France par le duc Charles d’Orléans (père du futur Louis XII) qui, veuf d’une Visconti, n’appréciait pas les derniers événements. Il attaquait Asti, ville située au sud de Milan sur le Po, et il était basé au château de Bosco Marengo. Colleoni l’en délogea par une bataille sanglante le 11 octobre 1447. La cavalerie française commandée par un certain Dresnay fut complètement exterminée, ayant beaucoup de morts et de prisonniers (La légende prétend que pas un homme n’échappa). Colleoni reconquit ensuite pour Milan le duché de Monferrato, la Valsessina et des territoires entre Bergame et Brescia.
Ces succès marquent le grand tournant de sa vie. Il était devenu très célèbre et Venise reconnut enfin son erreur. Le 12 avril 1454, elle signa avec Colleoni une convention qui fut renouvelée jusqu’à sa mort. Pendant les vingt et une dernières années de sa vie, il devint vénitien tout en conservant son établissement principal dans la région bergamasque.
Il conduisit effectivement les armées vénitiennes à la victoire, mais je n’ai pas pu établir quand, comment et contre qui il combattit. Il gagna une bataille importante en 1466, celle de la Molinella à Ricciardina. Il força la victoire en montant des espingoles sur de petits chariots. C’était l’invention de l’artillerie de campagne.

Il était devenu une célébrité internationale, au point que Charles le Téméraire essaya en 1472 de s’assurer ses services, lui offrant cent cinquante mille ducats par an, des privilèges nobiliaires et une participation financière à l’érection du mausolée érigé à la mémoire de Médéa (fille de Colléoni, dont nous parlerons plus loin). Le Téméraire en fut pour ses frais. J’ai trouvé confirmation de ce fait dans le Charles le Téméraire de Klaus Schelle qui raconte cette négociation à la page 233 de son livre. Je le cite : « Charles a essayé d’enrôler pour sa campagne le plus célèbre condottiere de son temps, le grand Colleoni. Mais la Sérénissime République de Venise repoussa sa demande. Au reste, il avait plus de soixante ans (septante en fait) et ne tenait pas à risquer sa réputation si loin dans le nord, pour une affaire des plus hasardeuses (il s’agissait du siège de Neuss). »
Il était devenu en 1473 membre de la Seigneurie de Venise.
Il avait compris la nocivité du système des condottieri. Ces gens qui vivaient de la guerre en avaient un besoin absolu. Ils étaient en fait des fauteurs de troubles de toutes espèces, une calamité publique. Colleoni employa les dernières années de son activité politique à convaincre ses collègues de créer une armée nationale, organisée et payée par l’état et non plus par ses officiers. Lors de sa mort, Venise était déjà dotée d’un embryon d’administration militaire.

Mais pendant tout ce temps, son établissement principal restait bergamasque. Je n’ai pas découvert comment il acquit le château de Malpaga. Conquête ? Achat ? Mais c’est là qu’il s’installa avec son épouse Tisbe Mertinengo. Il employa une partie de son immense fortune à l’embellir de toutes les manières, surtout par des fresques. Il y vécut véritablement en mécène fastueux. Quatorze ans après cette acquisition, il acheta aux chanoines de la cathédrale de Bergame une partie d’un énorme latifundium avec le château de Cavernago. Is s’occupa lui-même d’embellir et de restaurer cette superbe résidence. Et il entreprit de grands travaux d’assainissement : il fit creuser des canaux et aplanir une colline. Et il étudia les possibilités d’amélioration des techniques de culture, obtenant ainsi un relèvement du niveau de vie des paysans du lieu.
Cette propriété de Cavernago fut reprise par sa fille ainée Orsenna qui avait épousé en 1451 le Comte Cherardo Matinengo et elle resta très longtemps en possession de leurs descendants qui prirent le nom de Martinengo-Colleoni. Comme vous pouvez le constater par le crayon généalogique ci-joint nous descendons de ce ménage. Et donc, Cavernago nous concerne doublement.

Colleoni eut en 1470 le grand chagrin de perdre sa fille Médéa, âgée de quatorze ans. Il fit alors construire à la cathédrale de Bergame une chapelle funéraire qui existe toujours. Il en confia la réalisation à AMADEO, sculpteur et architecte vénitien. Ce monument ne fut achevé que deux ans après sa mort.
On ne peut plus voir cette chapelle dans son état original. Elle avait subi les outrages du temps et les Martinengo durent la faire restaurer et redécorer. Ils confièrent ce travail à Tiepolo, peintre et graveur vénitien qui vécut de 1693 à 1770. On y voit toujours le très beau cénotaphe de Médéa et celui de Colleoni lui-même. Tisbé Martinengo, épouse de Colleoni, décédée à Malpaga en 1471, y est enterrée également.
Il fallut de nouveau réparer les dégâts du temps en 1969. On en profita pour ouvrir les tombes. C’est alors qu’on découvrit la plaque de cuivre qui donne la date de naissance de 1395. Bartolomeo Colleoni fut enterré avec son épée et son bâton de commandement qui sont toujours en parfait état.
Colleoni eut des funérailles somptueuses dignes d’un roi. Les cloches sonnèrent tout le long de la route de Bergame à Venise et ce sont celles de Saint Marc qui avertirent les Vénitiens de la mort de leur héros. De plus, des canons chargés à blanc tirèrent des salves dans toutes les villes, à Pontoglio, Brescia, Vérone et Vicence.

Que peut-on retenir de positif de cette vie mouvementée ?
1°) Le transport des bateaux par terre
2°) La victoire contre les français
3°) L’emploi de l’artillerie en bataille rangée
4°) Une réforme profonde de l’organisation militaire vénitienne
5°) Des travaux d’irrigation à Cavernago
6°) L’amélioration des techniques agricoles
7°) Le mécénat : les fresques de Malpaga et la chapelle funéraire.
Un beau bilan
On comprend que tout cela ait frappé l’imagination des Italiens du Nord. Même si la légende nous complique l’étude de cette histoire.

SA FAMILLE

Colleoni est donc mort à Malpaga le 3 novembre 1475.
A part un legs de trois cent mille ducats à la ville de Venise pour financer la guerre contre les Turcs, son immense fortune fut partagée entres ses sept filles survivantes. Deux seulement étaient légitimes et donc filles de Tisbé Martinengo. Cinq filles étaient illégitimes mais furent légitimées. Une seule resta bâtarde, mais hérita comme les autres.
Voici tout ce que j’en sais.
D’abord, les deux légitimes :
1°) Orsina, épousa en 1451 le comte Cherardo Martinengo. C’est ce ménage qui reprit Cavernago. C’est d’eux que nous descendons.
2°) Caterina, épousa le comte Gaspare Martinengo.
Et puis les cinq légitimées :
3°) Isotta, épousa le comte Giacomo Martinengo.
4°) Doratina, née en 1455, épousa Benedetto Barozzi, patricien de Venise.
5°) Médéa, née en 1456 et décédée le 6 mars 1470 – n’hérita pas.
6°) Riccardonna, née en 1456, épousa Pietro Barozzi, patricien de Venise.
7°) Cassandra, née en 1459, décédée à Corregio le 7 septembre 1519, épousa
Nicolo de Corregio, comte de Corregio.
Enfin la bâtarde :
8°) Polissena, épousa le comte Bernardo de Lodrone.

J’ignore les dates de naissance de quatre des filles de Colleoni. Les parents s’étant mariés en 1433, Orsina avait tout au plus dix-huit ans quand elle-même se maria. Et Caterina n’était probablement guère plus jeune : elles se sont mariées dans la même famille, épousant d’ailleurs deux de leurs cousins. Mais alors Isotta ? Elle aussi épousa un Martinengo ! Avait-elle plus ou moins le même âge ? Les quatre autres légitimées sont nées vingt ans plus tard, après l’entrée définitive de leur père au service de Venise. Je me pose une question : Colleoni entretenait-il deux ménages, un à Malpaga et l’autre à Venise ? Et pourquoi Polissena ne fut-elle pas légitimée ? Serait-elle, elle aussi plus âgée ? Peut-être l’aînée de toutes ?
Un autre point remarquable : Médéa et Riccardonna sont toutes deux nées en 1456. Jumelles ? Ou nées, l’une en janvier et l’autre en décembre ? ou avaient-elles des mères différentes ?
En tous les cas, l’époque ne paraît pas avoir attaché beaucoup d’importance à la légitimité : elles ont toutes fait de beaux mariages.

PARLONS UN PEU DE LA STATUE

Colleoni, dans son testament, avait chargé la ville de Venise de lui ériger une statue. Il lui en donnait les moyens. Il prévoyait d’y consacrer de l’argenterie, du mobilier, des chevaux, et une somme de seize mille deux cents florins d’or fin. Il demandait que cette statue soit placée sur la Place Saint Marc. Ceci ne fut pas accepté. Un des documents dit que les règlements urbanistiques de Venise s’y opposaient. Un autre dit que la Seigneurie craignit de donner des idées à d’autres généraux. La décision fut prise de placer la statue devant l’église des Saints Jean et Paul et la commande fut passée en 1479 à Andréa Verrochio, peintre, sculpteur et architecte florentin qui vécut de 1455 à 1488, dates données par le Larousse. D’après Internet, Verrochio mourut d’une maladie foudroyante qui le terrassa en quelques jours à l’âge de 56 ans. Verrochio avait déjà fait le cheval et s’apprêtait à le fondre quand certains nobles vénitiens proposèrent que Vellano de Padoue fît la statue. Verrochio se contentant du cheval. Furibond, celui-ci brisa les jambes et la tête du cheval et s’en retourna à Florence. Il s’ensuivit une correspondance plus qu’aigre-douce ente la ville et l’artiste et Venise dut doubler le salaire de Verrochio pour obtenir son retour. La statue fut terminée et mise en place en 1496. Elle a quatre mètres de hauteur et repose sur un soubassement de sept mètres. Elle pèse six tonnes, cheval et cavalier compris.
Elle aussi, comme la chapelle de Bergane a subi les injures du temps : cinq siècles, les pigeons, le sel marin, les vents acides spécialement corrosifs pour le bronze. La restauration fut confiée en 1996 au professeur Giovanni Morigi, président national d’un organisme appelé « CNA pour l’artisanat artistique » qui avait déjà restauré certains monuments publics italiens. Elle fut financée par le World Monument Fund. Vous pouvez voir ici la photographie du coté face de la statue avant restauration et du côté pile après. Giovanni Morigi a bien travaillé.
L’Italie n’a jamais oublié cet homme hors du commun. Elle construisit pendant les années trente une série de bateaux appelés « les condottieri ». L’un d’eux, le Colleoni devint après la guerre et resta jusqu’à la fin des années soixante bateau école pour les jeunes officiers de la marine italienne.
Il vivait à cheval et il inventa l’artillerie. Cette phrase sort tout droit de la légende.

Je ne voudrais pas terminer cet article sans parler de ceux qui m’ont aidée à l’écrire. Tous les renseignements dont je vous ai fait part proviennent d’Internet. Mes filles Marguerite et Charlotte m’ont procuré les textes, légendaires et autres. Mon fils Roger a trouvé les illustrations. Mais presque tous les documents étaient en italien et je ne maîtrise pas cette langue. Mon petit-fils Louis de Meester de Betzenbroeck s’est chargé de faire les traductions nécessaires. Qu’ils en soient remerciés.


Marie-Madeleine de Ghellinck Vaernewyck
(née de Pierpont Surmont de Volsberghe)

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