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vendredi 18 juillet 2008

Article. L'hôtel Lencquesaing à Aire-sur-la-Lys par Agnès MAILLARD-DELBENDE



Après les dévastations du siège d’Aire en 1710, les Airois durent reconstruire leur cité. La collégiale et les deux tiers des maisons étaient en ruines. Cette reconstruction s’étendit de 1715 à 1785.

Durant la seconde moitié de ce siècle, Charles-Louis-François de Lencquesaing, seigneur d’Humetz, fut mayeur de la ville dix-neuf fois entre 1753 et 1778, veillant de près à cette reconstruction, que son oncle paternel, François-Jean-Jacques, seigneur de Laprée, avait débutée en obtenant en 1714 du roi de France l’autorisation de construire un nouvel hôtel de ville, dont Aire s’enorgueillit encore. En 1766, Charles-Louis-François décide de rebâtir sa maison, rue de Saint-Omer, en face de la chapelle des Jésuites, et d’en faire un bel hôtel dans le style à la mode à ce moment-là.
Ainsi que le faisaient obligatoirement, depuis le règlement de 1722, tous les habitants de la ville désireux de reconstruire leur maison, il envoie aux Commissaires aux ouvrages une demande d’autorisation, en y joignant le plan de la façade qu’il projette d’élever. Ce faisant, il faisait preuve de bonne volonté, car les nobles n’étaient pas tenus par ce règlement qui imposait un modèle unique de maison en brique et pierre à toute la ville (sauf pour la Grand-place). Selon son plan, la maison devait être construite entièrement en pierre avec une avancée vers le flégard et la porte cochère en forte avance sur la façade. Les Commissaires aux ouvrages transmirent le dossier à messieurs les échevins, avec des remarques de désapprobation. Les messieurs réunis le 19 mars 1766 décidèrent « qu’après avoir ouï le rapport des échevins commissaires aux ouvrages, ils permettent de bâtir conformément aux dits plans qui demeureront attachés à la présente ; ils autorisent pour rétablir la rue et la rendre droite d’avancer sur le flégard le bâtiment neuf à faire, à condition que du côté de la porte cochère l’avance sur la rue ne sera que de 18 pouces de Roy, y compris le pas pour les rustiques ». Cette décision fut inscrite sur le feuillet de la demande. En mai 1766, Charles-Louis-François de Lencquesaing envoie à la Commission aux ouvrages un nouveau plan rectifié qui fut transmis à messieurs les échevins avec l’avis favorable des commissaires. Ces derniers « approuvent le changement projeté et en conséquence permettent un bâtiment de pierre et l’ordre d’architecture qui y sont figurés, en outre d’employer au lieu de briques la pierre blanche pour la construction de l’édifice entier, et seront les saillies des rustiques et du balcon réglés par les dits commissaires aux ouvrages, fait en assemblée aujourd’hui en l’hôtel de ville dix sept may mil sept cent soixante six ». Comme la première, cette deuxième décision fut transcrite et paraphée sur le même feuillet qui fut déposé, comme il était d’usage, au greffe de la commune. Les archives municipales en ont gardé un grand nombre.

Il est intéressant de comparer ce plan de 1766 avec la maison bâtie telle qu’on la voit encore aujourd’hui.
Le plan représente la façade sur la rue. C’est un lavis qui mesure 41 cm de longueur sur 34,5 cm de largeur. Il est daté 1766 en haut à gauche, avec en italique « Elevation de la maison que monsieur de Lencquesaing, mayeur de la ville d’Aire, propose de faire construire dans la rue de Saint-Omer ». En bas du plan, l’échelle en pieds de Roy donne environ 55 pieds pour la longueur de la façade. Sur ce plan, la maison est élevée sur un haut soubassement en grès percé de cinq soupiraux. La façade comporte six travées et chacune d’elles se compose d’une baie au rez-de-chaussée surmontée d’une alèze et d’une baie à l’étage supérieur. Les travées sont séparées entre elles par un trumeau coloré en rose. Les appuis des fenêtres sont saillants, non continus. La travée de gauche comporte une porte cochère et à l’étage une grande fenêtre encadrée de deux pilastres avec chapiteaux composites avec un garde-corps en fer forgé à l’alignement du mur de la façade. Toute cette travée, légèrement en saillie, est ornée d’un bossage. On retrouve le même bossage pour l’angle droit de la façade. La toiture, à la Mansart, comporte quatre chiens assis, en pierre, encadrés de consoles sculptées et coiffés d’un arc en pierre également. Toute la façade est barrée en son milieu par un cordon de pierre horizontal en saillie. Trois autres cordons de même courent sous la tombée du toit. La toiture colorée en bleu indique une couverture d’ardoises. Les onze baies sont surmontées d’une pierre sculptée. Trois visages sont sculptés sur la clef de voûte de la porte cochère et à la base de la grande fenêtre. L’ensemble présente un aspect classique, régulier, sobre.
L’immeuble actuel a été construit en conformité avec le plan de 1766. Et pourtant, il présente un aspect beaucoup plus gracieux, grâce aux sculptures que son commanditaire a fait ajouter dans le style rocaille. Ainsi les dix fenêtres sont ornées d’une élégante coquille et la fenêtre du balcon est agrémentée d’un mascaron. Répondant au désir des échevins, les pieds droits de la porte cochère ne dépassent que de six centimètres le mur de la façade, mais elle a reçu un décor sculpté très développé de guirlandes terminées à chaque extrémité par un groupe de quatre coquilles. Sa clef de voûte, légèrement pendante, retient un nœud de quatre branches. Au-dessus de la porte, le cordon de pierre horizontal est également sculpté et suit le bord chantourné du balcon, en saillie de trente centimètres. Celui-ci est fermé par une belle grille en fer forgé qui en suit le profil. Les cinq alèzes ont reçu un décor chantourné. Il ne semble pas que les trumeaux aient été colorés et la pierre a un aspect naturel. Les quatre chiens assis ont été remplacés par trois lucarnes ovales en pierre, plus petites et plus légères. Le bâtisseur ne s’est pas contenté d’élever un immeuble en façade sur la rue de dix-sept mètres de longueur. Un autre bâtiment perpendiculaire en briques, à l’arrière, prolonge la maison. Il est rythmé par les encadrements en pierre des fenêtres, avec les mêmes coquilles d’ornement. La cour intérieure mène à un petit jardin entièrement clos, à l’abri du bruit de la rue. L’intérieur était orné de miroirs, cheminées de marbre, boiseries sculptées Louis XV, consoles murales. Tout ce mobilier a disparu après la vente de la maison en 1963. Les fenêtres de la maison sont orientées vers le soleil levant, celles du bâtiment arrière au midi. C’était certainement un hôtel bien agréable que Charles-Louis-François de Lencquesaing avait fait bâtir pour sa famille.

La branche cadette des Lencquesaing a quitté cette maison à la mort de Marie-Louise de Lencquesaing en 1826. En 1963, les religieuses ursulines, du pensionnat du Sacré-Cœur de la rue de Saint-Omer, achetèrent l’hôtel de Lencquesaing aux héritiers de M. Auguste Bar, ancien maire-adjoint d’Aire. L’immeuble accueille depuis des classes de l’école du Sacré-Cœur.

Communication du 31 mai 2004.

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