
Septembre 1939 : Le 2, 1er jour de la mobilisation à cause des exigences allemandes vis à vis de la Pologne, premier jour de mobilisation. Etant mobilisé comme capitaine de remonte, je pars pour Hazebrouck où je fais la réquisition des chevaux. Le 4, déclaration de guerre de la France et de l’Angleterre à l’Allemagne qui attaquait la Pologne et était en quelques jours à la porte de Varsovie. Je fais pendant 4 jours la réquisition des chevaux. J’étais préparé à ce travail, assez long et minutieux, ayant depuis 1925, fait presque tous les ans le recensement des chevaux. Cette réquisition terminée, je pars pour Saint-Omer pour y former le dépôt de remonte mobile n° 1 qui devait être attaché à la 1ère armée commandée par le général Blanchart. Pour cette formation, nous étions cantonnés au faubourg de Haut-Pont, j’avais comme capitaine adjoint Pierre Verley. Comme capitaine vétérinaire, le capitaine Ledoux, vétérinaire à Hesdin et conseiller général, comme lieutenants Neirac et Lebon. Le 15, nous nous embarquons vers Cambrai et nous nous rendons à Tilloy pour y cantonner dans la ferme de Monsieur Leleu, ferme qui avait été un haras, bon logement et place d’y abriter 500 chevaux, dans le manège, écuries, étables.Novembre, Laprée est occupée par les anglais : état major de la D.C.A 1940 : Le 10 mai, attaque des allemands en Belgique, l’armée belge surprise bat rapidement en retraite. J’envoie à Mons en Belgique, un détachement composé d’un lieutenant Neirac, 2 sous-officiers, une trentaine d’hommes et 60 chevaux, j’y envoie Verley qui doit commencer les réquisitions de chevaux.. Vers le 15, mon détachement doit revenir car les Allemands avancent vite. Ce jour là au soir, l’armée me donne l’ordre de me replier, nous partons à la nuit tombante, en direction de Douai. Chaque homme avait deux chevaux de main, faisant des étapes de nuit jusqu’à Saint-Hillaire Cotte le 20 mai. Depuis quelques jours nous remarquions que notre situation n’était pas très nette, beaucoup d’avions allemands et pas de français ni d’anglais. Nous remarquions des troupes anglaises qui refluaient vers Dunkerque.
Le 22 au matin, j’envoyais Verley à l’état major de l’armée pour demander des ordres, car je leur avais fait dire que d’après mes renseignements, il devait avoir une colonne importante motorisée ennemie sur la chaussée Brunehaut. L’état major me fait répondre qu’il n’y a rien à craindre, qu’il n’y a que quelques éléments légers de l’ennemi et que je n’ai qu’à rester dans mon cantonnement et attendre les ordres. J’en profite pour faire une revue de cantonnement et inspection. Par mesure de précaution, je fais mettre des barrages aux entrées du village. Je ne dispose que de 50 mousquetons, car mon unité n’était pas combattante. Vers 17h30 j’étais dans mon bureau, occupé à signer des pièces et régler quelques questions de ravitaillement, l’on vint me prévenir que les boches sont là et attaquent mes petits postes, aussitôt on rassemble tous les hommes disponibles avec les mousquetons qui restaient. Nous étions survolés par les avions allemands et en même temps l’ennemi nous attaquait avec mitrailleuses, petits canons, grenades etc….. Après quelques minutes, nous avions le capitaine Delbende tué, 2 sous-officiers et une dizaine d’hommes, les barricades étaient enfoncées et les Allemands pénétraient aisément Nous étions cernés et prisonniers. On nous a fait dormir dans une prison sur de la paille pourrie. Le lendemain matin dès 8h on nous conduit en colonne à la gare pour nous embarquer dans un train de marchandises composé de wagons à bestiaux et de plates-formes nous partîmes vers 12h.
Le 29 mai à 130km de Berlin, en colonne nous traversâmes la ville pour nous rendre au camp.
Nous passons Noël dans le camp, triste fête par un temps très froid.
1941 :Je suis toujours au camp de Lübeck oflag XC. Hiver très rigoureux, neige et –20°, c’est très pénible, nous arrivons très difficilement à nous chauffer dans nos baraques. Pour se dégourdir, on fait en sabots le tour du camp, promenade peu agréable.
Le 11 juillet, je suis libéré, je quitte le camp vers 11h avec quelques autres officiers.
1943 :Laprée :nous avons des troupes d’occupation. C’est un des services d’un état major, 8 officiers de bureau, 50 hommes, ils nous quittent vers le 9 avril, vers le 15, nous avons d’autres troupes.
-Le 4 septembre au soir, le capitaine Franck de la Kreiskommandatur de Saint-Omer vient me dire qu’un général et son état major vont prendre possession du château. Nous devons l’avoir évacué pour dimanche.
- Le 5 novembre, j’obtiens enfin l’autorisation de rentrer au château,
- Le 24 Déc., 16 bombes tombent derrière la Sablonnière à 500m environ de Laprée.
1944 : 21 janvier, bombardement des champs du bout de Lescoire, une vingtaine d’entonnoirs dans les champs et autant dans le bois. 23 janvier, bombardements de Rebecques puis du Grimont et d’Helfaut – Bilques. Le 16 février, l’unité allemande qui était ici depuis la fin novembre est partie. Les Allemands font depuis 15 jours des travaux dans le parc, devant le château. Trois plates-formes en ciment armé de 20m carrés environ ( en fait ce sont 3 plateformes de lancement de V2. Le site de Laprée correspondait très exactement aux sites théoriques recherchés par les allemands ). Ils font de plus de nombreux ouvrages, je me demande pourquoi, serait ce pour y mettre des pièces d’artilleries ? 24 février, réquisition des chevaux. 24, une nouvelle unité allemande arrive ici, beaucoup de camions, 1 officier, 10 sous-officiers et 50 hommes dont une bonne moitié sont des Belges.
-15 avril, je reçois l’ordre de la kommandatur de faire livrer à la mairie tous les postes de T.S.F, notre seule distraction nous est enlevée !
- Samedi 22 avril, bombardement de Rons à 19h00, une bombe tombe devant la maison de Monsieur Beauvois, maire d’Ecques, pas de blessés, la route est coupée vers le calvaire de Rons.Le 23, bombardement des bruyères, sur Baudringhem, pas de victimes, pannes enlevées et vitres cassées. Le 29, les Allemands commencent à couper tous nos jeunes arbres dans le bois de Lescoire pour en faire des pieux de 4m qu’ils vont planter dans la plaine de Wardrecques,
-Le mardi 6 juin, les anglais débarquent en Normandie. Ce jour, l’unité allemande qui était ici depuis le 24 février part. Le 16 juin, vers le soir, arrive à Laprée, une unité allemande de N.S.K.K, contingent de transport, il y a avec eux des russes. 23 juin, premier bombardement de la rampe de départ des torpilles aériennes de Lescoire(V1.). Les bombes tombent dans la plaine de Campagne, dans la nuit du 24 à 2h00, violent bombardement, lancement de nombreuses fusées éclairantes. Nous allons tous à la cave. Le château tremble, nous sommes éclairés par les fusées et par l’éclatement des bombes, elles tombent tout autour de la ferme et derrière la rivière. A 5h du matin, Monsieur Lesur, greffier et instituteur à Quiestède, vient nous dire que tout le petit Quiestède a été bombardé, j’y cours, tout le coin de l’église est bouleversé, l’église n’a plus d’ardoises, le chœur est ébranlé et plus de vitraux, la sacristie est disjointe du corps de l’église, les portes arrachées, le presbytère a ses fenêtres arrachées, la maison Gaudin pulvérisée, toutes les autres sont atteintes, et n’ont plus de tuiles. Il n’y a pas de victimes. Nous prenons notre curé, l’abbé Cappe de Baillon, au château. A la ferme, il y a des bombes dans les champs et tout autour. Le samedi 24 à 19h, le bombardement reprend très violent, sur le bois de Lescoire, nous pensons que la pièce est atteinte, mais les bombes tombent tout autour de la ferme et derrière les maisons du marais de Quiestède, une fois de plus le château est épargné.Le 28 à 1h et 3h du matin, alertes, nous descendons dans la cave, des bombes tombent dans les champs de Lescoire.
2 juillet. A 13h après la sortie de la messe, bombardement de Coubronne, quelques bombes sur la Sablonnière, Baudringhem, Cauchy-d’Ecques, Blanc Pignon. Le 4, l’unité allemande de S.N.S.S.K.K est partie. Ils sont remplacés par une unité qui sert les fameuses rampes de départ pour avions torpilles,( V.1). Le 5, nous sommes menacés d’être mis à la porte de Laprée par le commandant de cette unité. Le 6 au matin vers 9h, de nombreuses forteresses nous survolent, bombardements sur Warnes, Cauchy-d’Ecques et Coubronne. Le 22, notre curé nous quitte pour se réinstaller à son presbytère que j’avais fait réparer.Le 26, maison de Bayard, mon garde chasse démolie par un V1.
Août : Le 8, violent bombardement à 20h sur la pièce qui envoie de Baudringhem des torpilles sur l’Angleterre, nous descendons à la cave rapidement. Au moment où nous commencions à dîner, de nombreuses bombes tombent tout autour de la ferme, toutes les tuiles sont soufflées, ici nous sommes très secoués, de nombreux carreaux sont cassés, une cheminée de la basse-cour est emportée. La collégiale St Pierre d’Aire a été très abîmée, une bombe est tombée sur le chœur, la vierge miraculeuse de Notre Dame Pannetière est enfouie sous les décombres. Le 14, nous apprenons que le général Leclerc (Philippe de Hauteclocque) a débarqué en Normandie. Nous supposons qu’Hervé qui était au Maroc avec son cousin se trouve avec cette division blindée en France. 23 août, prise de Paris par les forces intérieures et le même jour, la division Leclerc entre dans Paris.
1er septembre : Les Anglais ont dépassé Amiens, franchi la Somme et marchent à grande allure vers nous. Ici les Allemands montrent des signes de nervosité, ils prennent tous les vélos qu’ils trouvent et tous les chevaux avec leurs équipages. A Quiestède, ils ont pris les équipages avec leurs chevaux de Rémi Thorel, Marius Lasset et Bernard Joly. J’essaie d’intervenir, je ne puis rien obtenir, c’est la débâcle. Dans la nuit du 1, une violente explosion fait ébranler tout le château et briser une fois de plus toutes les vitres, c’était les Allemands qui avec quelques torpilles faisaient sauter la rampe de lancement des V.1. pour qu’elle ne tombe pas au mains des Anglais : nous n’avons plus de lumière, donc plus de nouvelles par T.S.F.
-3 septembre, les Allemands refluent sur les routes en convois interminables vers la Belgique. Un grand convoi arrive avec 200 chevaux, se mettent dans le parc vers 13h, ils repartent le soir. Les Allemands continuent à se retirer, venant de la direction de Thérouanne. Vers 11h, nous entendons de la direction de Cauchy d’Ecques, des mitrailleuses et quelques coups de canons, tout à coup, nous voyons que les Allemands se mettent au trot, s’affolent, les coups de mitrailleuses se rapprochent et nous voyons un tank, puis plusieurs Anglais descendre la côte de Cauchy d’Ecques, ce sont nos alliés qui viennent nous libérer, les balles se rapprochent, ils tirent dans toutes les directions, nous nous précipitons dans la cave, voici que des balles claquent sur le château. Cela dure 1 quart d’heure, nous sortons de la cave avec des drapeaux français. Des chars sont dans l’avenue et une petite auto blindée dans laquelle se trouve un officier arrive au perron. Nous nous précipitons, serrons les mains « félicitations pour nous avoir délivrés » nous demandons s’il est anglais ou Américain, à notre grand étonnement il nous dit qu’il est polonais et que c’est une division polonaise qui nous a délivré. Il nous dit que tout l’état major de la brigade arrive au château, des quantités de chars entrent dans le parc et le colonel qui commande la brigade arrive. Nous le recevons avec joie, un drapeau polonais est préparé en vitesse avec un drapeau français duquel nous avions retiré le bleu pour n’avoir que le blanc et le rouge. Tout l’état major d’une brigade polonaise cantonne au château. Le parc est rempli de chars très lourds . Le soir, nous recevons le colonel qui commande la brigade, il passe une partie de la soirée avec nous. 6 septembre, les Polonais nous quittent , l’après midi nous arrive une ambulance canadienne.
1945 :Le 17Février, grande joie, Hervé nous arrive en permission, nous ne l’avions plus vu depuis deux ans. Hervé fait à l’école du village une causerie aux hommes de Quiestède.
Le 29 Avril, élections communales. Ce jour, de la neige tombe toute la journée.
Mai : 7 mai1945 à la T.S.F de 16h30, nous apprenons que la cessation des hostilités a été signée à 14h, entre les généraux représentants la France, l’Angleterre, l’Amérique et la Russie et un général Allemand. Notre pensée va vers Hervé qui doit être en Allemagne. Je fais immédiatement donner les cloches de l’église, invite la population à pavoiser et les invite à assister à l’église jeudi prochain, jour de l’Ascension à un Te Deum : la guerre a duré 2075 jours. 8 mai, jour de la fête de la victoire, l’après midi, toute la population a assisté au Te Deum chanté dans l’église dévastée, puis nous nous sommes rendus en cortège au monument aux mort.
Le 17, je suis ce jour élu maire pour la 2ème fois, la première était en 1936, j’avais succédé à mon père. Le 14, Hervé nous téléphone de Nemours pour dire qu’il défilera à Paris le 18 avec la division Leclerc, il annonce qu’il partira avec le général Leclerc en Indochine.
Le 16, dimanche à 15h30, installation de notre nouveau curé, Monsieur l’abbé G. Verhille qui remplace l’abbé Cappe de Baillon qui a du se retirer, étant devenu aveugle, belle cérémonie, nombreuses fausses portes et décorations, du monument aux morts à l’église. Le nouveau curé, arrive de la direction de Roquetoire escorté par une dizaine de cavaliers et de cyclistes.
Le 22 au matin, j’envoyais Verley à l’état major de l’armée pour demander des ordres, car je leur avais fait dire que d’après mes renseignements, il devait avoir une colonne importante motorisée ennemie sur la chaussée Brunehaut. L’état major me fait répondre qu’il n’y a rien à craindre, qu’il n’y a que quelques éléments légers de l’ennemi et que je n’ai qu’à rester dans mon cantonnement et attendre les ordres. J’en profite pour faire une revue de cantonnement et inspection. Par mesure de précaution, je fais mettre des barrages aux entrées du village. Je ne dispose que de 50 mousquetons, car mon unité n’était pas combattante. Vers 17h30 j’étais dans mon bureau, occupé à signer des pièces et régler quelques questions de ravitaillement, l’on vint me prévenir que les boches sont là et attaquent mes petits postes, aussitôt on rassemble tous les hommes disponibles avec les mousquetons qui restaient. Nous étions survolés par les avions allemands et en même temps l’ennemi nous attaquait avec mitrailleuses, petits canons, grenades etc….. Après quelques minutes, nous avions le capitaine Delbende tué, 2 sous-officiers et une dizaine d’hommes, les barricades étaient enfoncées et les Allemands pénétraient aisément Nous étions cernés et prisonniers. On nous a fait dormir dans une prison sur de la paille pourrie. Le lendemain matin dès 8h on nous conduit en colonne à la gare pour nous embarquer dans un train de marchandises composé de wagons à bestiaux et de plates-formes nous partîmes vers 12h.
Le 29 mai à 130km de Berlin, en colonne nous traversâmes la ville pour nous rendre au camp.
Nous passons Noël dans le camp, triste fête par un temps très froid.
1941 :Je suis toujours au camp de Lübeck oflag XC. Hiver très rigoureux, neige et –20°, c’est très pénible, nous arrivons très difficilement à nous chauffer dans nos baraques. Pour se dégourdir, on fait en sabots le tour du camp, promenade peu agréable.
Le 11 juillet, je suis libéré, je quitte le camp vers 11h avec quelques autres officiers.
1943 :Laprée :nous avons des troupes d’occupation. C’est un des services d’un état major, 8 officiers de bureau, 50 hommes, ils nous quittent vers le 9 avril, vers le 15, nous avons d’autres troupes.
-Le 4 septembre au soir, le capitaine Franck de la Kreiskommandatur de Saint-Omer vient me dire qu’un général et son état major vont prendre possession du château. Nous devons l’avoir évacué pour dimanche.
- Le 5 novembre, j’obtiens enfin l’autorisation de rentrer au château,
- Le 24 Déc., 16 bombes tombent derrière la Sablonnière à 500m environ de Laprée.
1944 : 21 janvier, bombardement des champs du bout de Lescoire, une vingtaine d’entonnoirs dans les champs et autant dans le bois. 23 janvier, bombardements de Rebecques puis du Grimont et d’Helfaut – Bilques. Le 16 février, l’unité allemande qui était ici depuis la fin novembre est partie. Les Allemands font depuis 15 jours des travaux dans le parc, devant le château. Trois plates-formes en ciment armé de 20m carrés environ ( en fait ce sont 3 plateformes de lancement de V2. Le site de Laprée correspondait très exactement aux sites théoriques recherchés par les allemands ). Ils font de plus de nombreux ouvrages, je me demande pourquoi, serait ce pour y mettre des pièces d’artilleries ? 24 février, réquisition des chevaux. 24, une nouvelle unité allemande arrive ici, beaucoup de camions, 1 officier, 10 sous-officiers et 50 hommes dont une bonne moitié sont des Belges.
-15 avril, je reçois l’ordre de la kommandatur de faire livrer à la mairie tous les postes de T.S.F, notre seule distraction nous est enlevée !
- Samedi 22 avril, bombardement de Rons à 19h00, une bombe tombe devant la maison de Monsieur Beauvois, maire d’Ecques, pas de blessés, la route est coupée vers le calvaire de Rons.Le 23, bombardement des bruyères, sur Baudringhem, pas de victimes, pannes enlevées et vitres cassées. Le 29, les Allemands commencent à couper tous nos jeunes arbres dans le bois de Lescoire pour en faire des pieux de 4m qu’ils vont planter dans la plaine de Wardrecques,
-Le mardi 6 juin, les anglais débarquent en Normandie. Ce jour, l’unité allemande qui était ici depuis le 24 février part. Le 16 juin, vers le soir, arrive à Laprée, une unité allemande de N.S.K.K, contingent de transport, il y a avec eux des russes. 23 juin, premier bombardement de la rampe de départ des torpilles aériennes de Lescoire(V1.). Les bombes tombent dans la plaine de Campagne, dans la nuit du 24 à 2h00, violent bombardement, lancement de nombreuses fusées éclairantes. Nous allons tous à la cave. Le château tremble, nous sommes éclairés par les fusées et par l’éclatement des bombes, elles tombent tout autour de la ferme et derrière la rivière. A 5h du matin, Monsieur Lesur, greffier et instituteur à Quiestède, vient nous dire que tout le petit Quiestède a été bombardé, j’y cours, tout le coin de l’église est bouleversé, l’église n’a plus d’ardoises, le chœur est ébranlé et plus de vitraux, la sacristie est disjointe du corps de l’église, les portes arrachées, le presbytère a ses fenêtres arrachées, la maison Gaudin pulvérisée, toutes les autres sont atteintes, et n’ont plus de tuiles. Il n’y a pas de victimes. Nous prenons notre curé, l’abbé Cappe de Baillon, au château. A la ferme, il y a des bombes dans les champs et tout autour. Le samedi 24 à 19h, le bombardement reprend très violent, sur le bois de Lescoire, nous pensons que la pièce est atteinte, mais les bombes tombent tout autour de la ferme et derrière les maisons du marais de Quiestède, une fois de plus le château est épargné.Le 28 à 1h et 3h du matin, alertes, nous descendons dans la cave, des bombes tombent dans les champs de Lescoire.
2 juillet. A 13h après la sortie de la messe, bombardement de Coubronne, quelques bombes sur la Sablonnière, Baudringhem, Cauchy-d’Ecques, Blanc Pignon. Le 4, l’unité allemande de S.N.S.S.K.K est partie. Ils sont remplacés par une unité qui sert les fameuses rampes de départ pour avions torpilles,( V.1). Le 5, nous sommes menacés d’être mis à la porte de Laprée par le commandant de cette unité. Le 6 au matin vers 9h, de nombreuses forteresses nous survolent, bombardements sur Warnes, Cauchy-d’Ecques et Coubronne. Le 22, notre curé nous quitte pour se réinstaller à son presbytère que j’avais fait réparer.Le 26, maison de Bayard, mon garde chasse démolie par un V1.
Août : Le 8, violent bombardement à 20h sur la pièce qui envoie de Baudringhem des torpilles sur l’Angleterre, nous descendons à la cave rapidement. Au moment où nous commencions à dîner, de nombreuses bombes tombent tout autour de la ferme, toutes les tuiles sont soufflées, ici nous sommes très secoués, de nombreux carreaux sont cassés, une cheminée de la basse-cour est emportée. La collégiale St Pierre d’Aire a été très abîmée, une bombe est tombée sur le chœur, la vierge miraculeuse de Notre Dame Pannetière est enfouie sous les décombres. Le 14, nous apprenons que le général Leclerc (Philippe de Hauteclocque) a débarqué en Normandie. Nous supposons qu’Hervé qui était au Maroc avec son cousin se trouve avec cette division blindée en France. 23 août, prise de Paris par les forces intérieures et le même jour, la division Leclerc entre dans Paris.
1er septembre : Les Anglais ont dépassé Amiens, franchi la Somme et marchent à grande allure vers nous. Ici les Allemands montrent des signes de nervosité, ils prennent tous les vélos qu’ils trouvent et tous les chevaux avec leurs équipages. A Quiestède, ils ont pris les équipages avec leurs chevaux de Rémi Thorel, Marius Lasset et Bernard Joly. J’essaie d’intervenir, je ne puis rien obtenir, c’est la débâcle. Dans la nuit du 1, une violente explosion fait ébranler tout le château et briser une fois de plus toutes les vitres, c’était les Allemands qui avec quelques torpilles faisaient sauter la rampe de lancement des V.1. pour qu’elle ne tombe pas au mains des Anglais : nous n’avons plus de lumière, donc plus de nouvelles par T.S.F.
-3 septembre, les Allemands refluent sur les routes en convois interminables vers la Belgique. Un grand convoi arrive avec 200 chevaux, se mettent dans le parc vers 13h, ils repartent le soir. Les Allemands continuent à se retirer, venant de la direction de Thérouanne. Vers 11h, nous entendons de la direction de Cauchy d’Ecques, des mitrailleuses et quelques coups de canons, tout à coup, nous voyons que les Allemands se mettent au trot, s’affolent, les coups de mitrailleuses se rapprochent et nous voyons un tank, puis plusieurs Anglais descendre la côte de Cauchy d’Ecques, ce sont nos alliés qui viennent nous libérer, les balles se rapprochent, ils tirent dans toutes les directions, nous nous précipitons dans la cave, voici que des balles claquent sur le château. Cela dure 1 quart d’heure, nous sortons de la cave avec des drapeaux français. Des chars sont dans l’avenue et une petite auto blindée dans laquelle se trouve un officier arrive au perron. Nous nous précipitons, serrons les mains « félicitations pour nous avoir délivrés » nous demandons s’il est anglais ou Américain, à notre grand étonnement il nous dit qu’il est polonais et que c’est une division polonaise qui nous a délivré. Il nous dit que tout l’état major de la brigade arrive au château, des quantités de chars entrent dans le parc et le colonel qui commande la brigade arrive. Nous le recevons avec joie, un drapeau polonais est préparé en vitesse avec un drapeau français duquel nous avions retiré le bleu pour n’avoir que le blanc et le rouge. Tout l’état major d’une brigade polonaise cantonne au château. Le parc est rempli de chars très lourds . Le soir, nous recevons le colonel qui commande la brigade, il passe une partie de la soirée avec nous. 6 septembre, les Polonais nous quittent , l’après midi nous arrive une ambulance canadienne.
1945 :Le 17Février, grande joie, Hervé nous arrive en permission, nous ne l’avions plus vu depuis deux ans. Hervé fait à l’école du village une causerie aux hommes de Quiestède.
Le 29 Avril, élections communales. Ce jour, de la neige tombe toute la journée.
Mai : 7 mai1945 à la T.S.F de 16h30, nous apprenons que la cessation des hostilités a été signée à 14h, entre les généraux représentants la France, l’Angleterre, l’Amérique et la Russie et un général Allemand. Notre pensée va vers Hervé qui doit être en Allemagne. Je fais immédiatement donner les cloches de l’église, invite la population à pavoiser et les invite à assister à l’église jeudi prochain, jour de l’Ascension à un Te Deum : la guerre a duré 2075 jours. 8 mai, jour de la fête de la victoire, l’après midi, toute la population a assisté au Te Deum chanté dans l’église dévastée, puis nous nous sommes rendus en cortège au monument aux mort.
Le 17, je suis ce jour élu maire pour la 2ème fois, la première était en 1936, j’avais succédé à mon père. Le 14, Hervé nous téléphone de Nemours pour dire qu’il défilera à Paris le 18 avec la division Leclerc, il annonce qu’il partira avec le général Leclerc en Indochine.
Le 16, dimanche à 15h30, installation de notre nouveau curé, Monsieur l’abbé G. Verhille qui remplace l’abbé Cappe de Baillon qui a du se retirer, étant devenu aveugle, belle cérémonie, nombreuses fausses portes et décorations, du monument aux morts à l’église. Le nouveau curé, arrive de la direction de Roquetoire escorté par une dizaine de cavaliers et de cyclistes.
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